Saint Jean Baptiste de Marcamps

Abandonnée dans le clocher de l’église Saint Pierre de Prignac, rongée par les insectes xylophages, amputée d’un avant-bras, pratiquement décapitée, la peinture altérée par les fientes des pigeons, la statue en bois polychrome de Saint Jean-Baptiste vient d’être magnifiquement restaurée !!

Les peintures d’origine ont été retrouvées, les zones de bois dégradées ont été traitées, réparées et le vêtement du saint ainsi que l’agneau recouverts de feuille d’or tels qu’ils l’étaient initialement.

C’est un long, difficile et minutieux travail réalisé dans les règles de l’art par nos amis Barbara et Casimir Kania qui va, nous l’espérons, permettre à ce magnifique objet d’art mobilier datant de la fin du XVII siècle de continuer à traverser le temps.

Barbara et Casimir ont offert leur savoir-faire et leur talent, l’Association de Sauvegarde du Patrimoine a, quant à elle, financé l’intégralité des matériaux nécessaires.

Sans cette action, il reste évident, que ce Saint-Jean Baptiste était voué à une disparition certaine.

Pourtant, et jusqu’ à l’après-guerre, un pèlerinage important se déroulait en l’église Saint-Michel et cette statue y était vénérée de manière intense chaque lundi de Pentecôte mais aussi le jour de Saint-Jean le 24 juin.

Mais écoutons François Daleau (1845-1927), célèbre archéologue, historien et fin connaisseur du folklore local nous décrire ce pèlerinage qui évoluera au cours des temps:

« … le pèlerinage remonte à une haute antiquité. Chaque année, les pèlerins qui venaient de fort loin du reste (Angoulême, Barbezieux, Cognac…) arrivaient la veille, s’installaient chez les habitants de Marcamps et villages voisins qui leur donnaient leur hospitalité et dans la matinée, ils allaient passer les enfants « au trou de Saint Jean » pour les guérir entre autre de la peur. Voici comment on procédait : un des parents de l’enfant se tenait d’un côté du mur (de l’église) et faisait passer l’enfant par le trou, qui était reçu de l’autre côté (à l’intérieur de l’église) par un autre de ses parents. Voici où commence le merveilleux : un enfant passait à peine par le trou mais un homme s’y présentait-il qu’il pouvait aussi y passer. Etait-ce le corps qui s’amincissait ou bien la muraille qui s’élargissait ? Un enfant qui avait autre chose sur lui que de la peau de chrétien, ne pouvait passer par le trou, aussi était-on obligé de le déshabiller afin qu’il n’eut aucune peau étrangère sur lui (car on entend par peau de chrétien la peau humaine)… Après avoir passé l’enfant au trou, la mère faisait neuf fois le tour de l’Eglise du sud au nord passant par l’est en récitant des prières, jetant à chaque tour un petit bout de cire enflammé.

Un prêtre de Bourg venant à desservir la chapelle de Marcamps décida de faire cesser ce rituel (compliqué et pour le moins impudique) en murant le mur. Voici comment il s’y prit pour faire cesser cet usage ridicule : « Vous croyez, dit-il aux pèlerins, que ceux qui ont autre chose que de la peau de chrétien ne peuvent pas y passer ? Eh bien, voyez plutôt ». Et il y fit passer son chien… C’est ainsi que finit l’usage du trou de Saint Jean.

Cette croyance déchue, il fallut en trouver une autre, voici ce que fit le curé. Il fit construire une niche extérieure au fond de la chapelle et y plaça une statue de Saint-Jean que l’on fait encore embrasser à l’enfant quand on a fait le neuvième tour mais on jette toujours à chaque tour un petit bout de cire jaune enflammée dans un trou du mur destiné à cela. »

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